Faire une retraite : se retrouver, méditer, pour son bien-être

Par quel processus décide-t-on un jour de tout quitter pour quelques jours d’isolement dans le silence ? Essai de diagnostic du symptôme du « ras-le-bol ».

Qu’elle soit spirituelle ou non, la retraite est devenue ces dernières années une destination de vacances très prisée. Elle témoigne du désir de retrouver un état naturel, non soumis aux exigences extérieures ni aux contingences du quotidien. Une fuite salutaire qui peut demander parfois plus de courage que de lâcheté, à condition de savoir en tirer parti pour vivre ensuite, autrement.

Pourquoi faire une retraite ?

Faire une retraite : se retrouver, méditer, pour son bien-être
Faire une retraite : se retrouver, méditer, pour son bien-être

La plupart du temps, la retraite s’impose à l’esprit à cause d’un ras-le-bol général, difficile à exprimer. Un peu comme un moteur tout à coup en surchauffe, auquel un coup d’air et d’eau fraîche est nécessaire. Et bien souvent, un moteur en surchauffe est un moteur mal entretenu. Peu de gens prennent en considération leur équilibre de vie, et se laissent entraîner dans la fébrilité des jours, happés par tout ce qui exige d’eux présence et disponibilité, travail et devoir, don de soi et oubli de soi. Identifier ce sentiment de saturation, et surtout les raisons profondes qui font que l’on ne peut, ni ne veut plus continuer, est une première exigence pour donner du sens à la retraite.

Identifier ses besoins

C’est là, la grande différence entre des vacances et une retraite : on n’y va pas simplement pour se reposer, mais pour faire le point et bien souvent combler un manque.

Deux personnes cohabitent en chacun de nous : l’être de surface et l’être de profondeur. Au quotidien, la valse des activités mobilise une part énorme de la surface, au détriment de la profondeur qui a toujours tendance à se taire, pour la bonne raison que le monde et ses bruits nous ont depuis longtemps conditionnés à devenir des « compétents », que dans une vie difficile, nous pensons que nous n’avons pas le choix de faire autrement.

Le malaise s’installe dès lors que la deuxième personne se rebelle pour exister. Elle est différente d’un individu à l’autre. Certains l’appellent l’âme, d’autres l’appellent Dieu, on peut l’appeler aussi « soi-même »… La profondeur nous manque, Dieu nous manque, et au bout du compte, nous nous manquons à nous-mêmes. Pour les retraitants, il s’agira alors de retrouver un temps de prière, ou un temps de méditation, ou tout simplement un temps de contemplation dans la nature, en laissant fleurir les pensées libres.

La retraite : retrouver le chemin vers soi-même

La plupart d’entre nous vit à travers la fonction que nous occupons et c’est bien souvent à travers elle que nous nous définissons. Enfant de, époux ou épouse de, mère ou père de, secrétaire de, directeur de… Même le sans-emploi célibataire et sans enfant sera toujours le voisin ou l’ami de quelqu’un.

Rompre le lien, si ténu soit-il, qui nous amarre à quelque chose ou quelqu’un, voilà en quelque sorte à quoi nous appelle la retraite. Et en rompant ce lien, nous détachons en même temps les pensées qui s’y attachent, les réflexions qui leur sont liées, les occupations qui les rythment. Il s’agit bel et bien d’une perte, d’un arrachement du cocon de notre vie. Car même le nid le plus inconfortable demeure un repère rassurant qui nous lie d’une manière ou d’une autre à notre fonction. Devenir soudain un électron libre en route vers lui-même, avec une claire conscience de soi, tel se résume ce départ vers la retraite.

Être ET ne pas être, telle est la question

Un parfum d’égoïsme accompagne nécessairement cette décision. On veut enfin penser à soi. Le sentiment de non-existence devient insupportable, quelque chose en soi appelle à émerger, à affirmer sa légitimité. Bien des mots peuvent décrire cette chose, selon que l’on soit croyant ou non, avancé ou non sur le chemin de la conscience de soi. « Être » en est la valeur la plus sûre, et c’est faire acte de bonté envers cet Être que de lui accorder son heure de gloire.

Paradoxalement, il s’agit d’une mise en retrait : ne plus être sur le devant de la scène, ne plus apparaître, ne plus briller, ne plus séduire, ne plus tenir de miroir devant soi. C’est toute l’image de soi qui se retire, s’efface en reculant, il faut accepter de vivre vis-à-vis des autres (famille, amis, collègues…) l’épreuve de sa propre absence, de sa propre invisibilité.

Se retirer pour mieux revenir

Se retirer ne signifie pas fuir. L’idéal serait même de savoir se retirer avant la désespérance qui elle, annonce plutôt la débâcle. En partant en retraite, on décide de reprendre des forces toutes intérieures, de reconstruire une certaine confiance en soi, une sérénité mise à mal. C’est la sève de l’arbre qui reflue temporairement à l’automne, pour préparer les floraisons du printemps. Faire retraite, « c’est un recul décidé, un mouvement stratégique souple qui permet à long terme de se renforcer » (Yi Jing, Le Livre du Changement, hexagramme 33 « Faire retraite »). Comme il faut apprendre à se « déprendre » dans le silence, il faut profiter de la retraite pour se « reprendre ». Prendre de manière plus clairvoyante certaines décisions, changer de vie, se lancer dans un projet, en bref, ne pas recommencer à vivre ce qui justement nous avait amenés au ras-le-bol.

Dans tous les cas, il faut savoir maîtriser tous les aspects de cette retraite, comprendre le processus de désengagement qu’elle représente, et la vivre de manière constructive, pas simplement pour pouvoir continuer, mais pour mieux continuer.

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