Amma, femme guru indienne, la Mère de tous

Amma, femme guru indienne, la Mère de tous
Amma, femme guru indienne, la Mère de tous

On évalue à plus de 29 millions le nombre de personnes que Mata Amritanandamayi, surnommée Amma (la mère), a serrées dans ses bras. Car voici un guru qui a une bien étrange manière de dispenser son enseignement, en enlaçant chaque personne durant quelques minutes, pour un câlin qui, aux dires de certains, transforme le cœur et l’âme pour toujours. Embracing the World, le nom donné à l’ONG fondée par Amma, a désormais ses disciples dans le monde entier. Retour sur une aventure humaine et spirituelle hors normes.

La jeunesse d’Amma

Est-ce la véritable histoire que celle qui se répète sur toutes les biographies d’Amma publiées sur tous les médias ? Ou avons-nous affaire ici au travail des historiographes, des conteurs d’histoires qui, après coup, remodèlent le passé pour que brille plus fort le présent ?

Soudhamani est née dans une famille modeste de pêcheurs, au Kerala, dans le sud de l’Inde. On la décrit comme une petite fille sensible et généreuse, déjà marquée par la compassion et l’amour du prochain. A 5 ans, elle invente déjà des chants « dévotionnels » pour Krishna. A la mort de sa mère, elle prend en charge sa maisonnée avec dévouement, et sa spiritualité ne fait que se développer. Adolescente, ses séances de méditation se transforme parfois en extases, où elle ne fait plus qu’un avec Krishna. Jusqu’au jour où elle a une vision d’Adi Parashakti, la Mère divine, et de ce jour, elle n’aura plus qu’un objectif : s’unir à la Mère de tous les hommes.

Il faut savoir qu’en Inde, un tel comportement n’est guère apprécié que chez les hommes. Les filles quant à elles doivent se marier et occuper leur vie avec les tâches matérielles du quotidien. Soudhamani finit par être rejetée de sa famille et de toute la communauté ; elle quitte la maison familiale et prend la voie du renoncement. Désormais totalement dévouée à sa méditation, jusqu’à ne plus devenir qu’un pur esprit en communication avec l’Esprit de ce monde, elle parvient à la « révélation », qu’elle décrit ainsi :

« Souriante, la Mère divine devint une masse de lumière et Se fondit en moi. Mon mental s’épanouit, baignant dans la lumière multicolore du Divin… »

Habitée par le Divin, elle était désormais capable de le dispenser aux hommes, en devenant Mata Amritanandamayi. Avec ses premiers disciples, elle fonde le premier ashram, le Mata Amritanandamayi Math. Aujourd’hui, une vingtaine d’ashrams portant son nom existent en Inde et dans le monde.

L’enseignement d’Amma

Entre-temps, quelques disciples de la première heure ont déjà été touchés par la grâce émanant de Soudhamani. Il n’y a au début aucun discours, les messages passent par ce que cette jeune femme dégage d’elle-même. Elle ne sait parler qu’avec son sourire et son regard, et surtout, ses bras : déjà, elle a compris l’importance de l’embrassement, le don de soi et la transmission de l’amour par le simple contact. Ce sera désormais sa « marque de fabrique », son unique message.

L’universalité de ses discours la place dans la grande tradition des « mystiques », qui se sont affranchis des religions pour rejoindre cet espace que l’on pourrait qualifier, non de libre pensée, mais de libre amour. Amma rafraîchit le discours de Bouddha – « Aimez chacun sans être attaché. Une personne spirituelle devrait devenir comme le vent » – tout autant que celui d’Ibn Arabi – « Ma religion est l’Amour ».

« L’amour est notre véritable essence. L’amour ne connaît pas de frontières de caste, de religion, de race ou de nationalité. Nous sommes tous des perles enfilées sur le même fil de l’amour. »

Les voyages d’Amma dans le monde entier

Sur la demande des disciples étrangers, Amma commence à voyager. Elle ne prêche pas, n’enseigne pas, ne fait pas sortir des montres en or de ses manches. Elle se contente du darshan, offrant sa simple présence, son regard, son sourire, et surtout, ses bras ; car elle ne se lasse pas d’étreindre tous ceux qui viennent à elle, durant des heures, des journées entières. La « câlinothérapie » comme l’appelle l’une de ses disciples, un langage universel et un don de soi, qui n’est pas sans nous rappeler le baiser aux lépreux d’un saint François.

Du coup, toute une organisation s’est mise en place pour accompagner ses déplacements. La plupart des bénévoles qui gèrent l’accueil et le déroulement des darshan sont recrutés sur place, dans chaque pays d’accueil. La machine est bien rodée, et Amma rassemble les foules, comme ces 20 000 personnes venues à Pontoise en octobre dernier. Malheureusement, ces séances prennent vite l’allure d’un marathon, les embrassades sont de plus en plus brèves, et quelque chose de « mécanique » est en train de prendre le pas sur l’émotion.

Une ONG au service des démunis

Ce serait aujourd’hui plutôt au cœur de l’Inde qu’il faudrait regarder Amma « agir ». Les dons récoltés ont permis d’organiser l’ONG « Embracing the world », qui construit des hôpitaux et des résidences pour les plus pauvres, et luttent contre la déscolarisation précoce des petites filles indiennes.

Les darshan sont recherchés en priorité par les Occidentaux en mal d’expérience mystique, cherchant à donner un sens à leur vie. En Inde, les plus démunis cherchent tout simplement de quoi manger pour leurs enfants. Dans ce sens, les autorités indiennes soutiennent depuis longtemps les actions de l’ONG d’Amma. D’autant qu’il s’agit d’une femme, et que le comportement de celle-ci reste pour le moins irréprochable au quotidien. On est loin des gourous indiens qui ont fait parler d’eux ces dernières décennies en raison de leurs excès.

En 2005, Jan Kounen a réalisé un film documentaire d’1h30 sur Amma, produit par Manuel de la Roche, intitulé Darshan (L’Etreinte), qui retrace la vie de cette Mahatma. Une étrange histoire, un destin qui nous interroge. Car à première vue, rien ne différencie les cérémonies d’Amma à toutes celles qui se déroulent dans les temples hindous chaque jour. Pourtant, tous vous diront que l’expérience des Darshan d’Amma sont une expérience inénarrable.

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